Le texte fondateur des Etats Généraux LGBTI 2015

Le texte qui suit vise à proposer, comme introduction aux échanges qui vont se tenir pendant les premiers Etats Généraux LGBTI les 13, 14 et 15 novembre 2015 à Avignon, une synthèse des contributions recueillies tant auprès d’associations que de personnes qui ont signé la démarche initiale du Manifeste LGBT. Ce texte constitue une forme de synthèse des besoins, questions, espoirs, volontés… exprimés par toutes les facettes du mouvement LGBT français.  Loin de fermer la discussion, notre propos est donc d’inviter toutes et tous à s’interroger  sur les questions ainsi soulevées, les confronter aux difficultés rencontrées sur le terrain au contact du-des public-s, au contexte dans lequel nous vivons, aux besoins tels que nous pensons les identifier, aux valeurs dont nous sommes porteurs.

 

> Première partie :

 Notre mouvement dans la société : les constats

 

Nous sommes dans un contexte de reconstruction. Les années Sida auraient-elles contribué à amener la « communauté » à se recentrer « sur elle-même » ?. La crise économique est aussi passée par là, des jeunes vivant leur coming out dans ce contexte de « quartiers appauvris », de « populations discriminées », de « tensions familiales et psychologiques ».

Le contexte, c’est encore aujourd’hui la vivacité de l’homophobie et de la transphobie, des difficultés spécifiques pour les lesbiennes, les trans, en  milieu rural, dans les banlieues où, souvent, des jeunes  n’ont “jamais connu quelqu’un d’ouvertement homosexuel dans son entourage ». Une invitation à nous interroger ensemble sur ce que vivent les « personnes pour qui nous travaillons au quotidien ? »

Mais plusieurs textes s’inquiètent aussi d’un « autocentrage de la réflexion LGBT sur une vision promo domo, syndicale de ses exigences » et d’une perte dans le mouvement LGBT d’une « culture de convergence des luttes d’émancipation ».

Cette dernière réflexion invite à repérer, susciter des convergences, un axe important pour inspirer « la méthodologie des luttes ». Exemple : des questions centrales « lient le militantisme LGBTIQ, le(s) féminisme(s), et les études de genre ». Le mouvement LGBT a de nombreux défis à relever.

 

  1. Le défi de l’interactivité. Il s’agit de « sortir des habitudes d’ignorance, de désintérêt, de défiance et de méfiance que les assos LGBT entretiennent souvent entre elles » pour au contraire « partager nos connaissances, partager nos savoir-faire, partager nos travaux », « mutualiser des expériences dans le respect de nos différences. » Fédérer ainsi davantage.

Il s’agit aussi de « réduire la tension contemporaine entre le foisonnement des fronts, des identifications », de sortir d’une compilation L+G+B+T, pour progresser vers un projet global. Ainsi c’est l’ensemble du mouvement LGBT qui doit être interrogé par « un système de stéréotypes et de discriminations ».

  1. Le défi du « décloisonnement ». Le mouvement LGBT doit se positionner « contre toutes les discriminations ». Il doit affirmer ses valeurs, nommées dans plusieurs textes, qui doivent donner du sens à nos combats et nos pratiques : « égalité », « solidarité », « défense de nos libertés », « laïcité », « vivre ensemble ». Il doit se positionner sur des questions sociales, expliquer comment l’exclusion sociale est un facteur aggravant de discriminations. Des textes invitent à aborder le phénomène de l’exclusion entre nous. Eduquons à la diversité, dans la pratique : comment « faire du militantisme LGBTI un vrai mouvement social solidaire concret (et pas juste un mouvement idéologique militant) ? ».  « Comment, dans les territoires, des associations cherchent à recréer du lien social et, partant de là, à tisser des rapports de solidarité au profit de personnes victimes d’homophobie ou d’exclusion ? » Sans oublier une vision prospective, des textes interrogeant des thèmes comme le vieillissement ou le vécu en milieu scolaire.
  2. Le défi du « travail en réseau ». La « transversalité des luttes » peut amener la population, d’autres associations, à « se retrouver dans nos valeurs et dans nos combats. » L’enjeu :  « s’affirmer comme des associations citoyennes, au coeur de nos territoires ». Un texte invite à  « plus de travail avec la société civile et les organisations progressistes, plus de réflexions politiques et militantes. »
  3. Le défi de l’indépendance. Le positionnement au niveau politique fait débat. Comment se positionner « face aux obscurantismes et extrémismes qui proposent le retour à l’ordre moral », face à des « discours populistes fondés sur la stigmatisation de populations » portés par le FN et d’autres ? Des contributions tentent de poser quelques axes revendicatifs pour un partenariat exigeant, revendiquant des « instances de consultation », « des programmes de soutien à des actions spécifiques : santé, loisirs, culture… », un appui à des centres LGBT, la reconnaissance d’une capacité d’expertise  reposant sur une pratique. « Le manque de reconnaissance institutionnelle ne favorise pas la professionnalisation de nos parcours. »

 

  1. Le défi de la transformation sociale. « Se mobiliser dans une association communautaire n’est pas la même démarche que s’engager dans une association caritative ou humanitaire. Sans accompagnement (…), le processus d’intégration peut-être long (…). Tous les responsables associatifs découvrent au fur et mesure les implications du rôle d’animateur de bénévoles : Motiver, Expliquer, Valoriser… », explique une contribution.

 

Le monde LGBT est bel et bien perméable aux dérives que connaît une société, qui plus est en temps de crise.

 

Dans ce travail de longue haleine, une contribution analyse que le mouvement LGBT « s’articule aujourd’hui sur 3 axes : l’empowerment des citoyens, l’analyse et la législation de ces modes de vie. C’est ainsi qu’au travers de nos actions de convivialité, de sport, de culture, de politique, d’éducation populaire, de santé communautaire, de convergence des luttes, nous favorisons la capacité des personnes à s’épanouir pour ce qu’elles sont. » Une autre contribution souhaite un Mouvement LGBT « plus inclusif et attentif à ses marges, portant une réflexion sur l’importance de soutenir ou d’inventer de nouveaux espaces (notamment culturels) de vivre ensemble et d’échange pour apprendre, inventer et métisser nos diversités. »

En réponse, une troisième contribution invite à « définir ensemble un mode de communication adapté et cohérent entre militant et structure associative pour apporter à nos communautés [et à la société en générale] la transformation sociale nécessaire à son épanouissement. »

5 axes proposés et soumis à débat pour une « méthodologie des luttes »  qui peuvent / doivent permettre de faire émerger des questions à approfondir, des objectifs à affiner ; des « échanges de bonnes pratiques », souhaitées par une contribution ; des programmes d’actions.

 

>Deuxième partie:

La situation au sein du mouvement : les constats

 

Les différentes contributions proposent en premier lieu une structuration du mouvement LGBTI vers un rassemblement.

Amener ce mouvement à réinventer une véritable solidarité, en s’inspirant de ce qui existe déjà afin de reconstituer des outils d’intégration et de solidarité.

Il est essentiel de comprendre que la diversité est une force et non une source de clivage au sein de la communauté LGBTI. Cette diversité unificatrice et fédératrice sera vectrice à son tour d’une parole forte face à la montée d’une LGBTI-phobie grandissante et permettra de clarifier et de donner un sens aux valeurs qui fondent nos luttes et servent de base à la structuration du mouvement.

 

Mais, ce rassemblement n’est rien sans une mutualisation des idées voire des ressources pour améliorer la qualité de nos actions. Un travail en amont avec les différentes associations,  les institutions nationales et européennes ainsi qu’une mise en commun des projets favoriseraient les chances d’obtenir des subventions.

Il est indéniable que sans financement, nos actions et projets ont peu de chances de voir le jour. C’est pourquoi, la création de postes salariés serait un moteur pour coordonner tant les associations que les projets sur l’ensemble du territoire national, y compris en milieu rural, au sein des banlieues et quartiers. Ces financements doivent être facilités par la création d’outils « types » et la constitution d’un réseau dynamique national et international LGBTI.

 

Le mouvement LGBTI n’est rien sans une coordination et une communication inter associative.  L’axe à développer reste avant tout celui du partage d’expériences et la mutualisation des moyens avec des associations non LGBTI qui défendent, elles aussi, les mêmes droits et valeurs (lutte contre les discriminations et lutte pour l’égalité des droits).

Il est indispensable, pour une bonne coordination, d’élaborer un cahier des charges et un échange de bonnes pratiques de vie associative.

 

Cette vue d’ensemble permettrait de s’affirmer comme des associations citoyennes au cœur de nos territoires et ainsi réussir à décloisonner nos luttes par une mise en valeur de contributeurs occasionnels, récurrents ou permanents.

Le constat ainsi établi amène à considérer la nécessité de revendications communes qui porteraient les attentes fédératrices de tous et toutes, d’une seule et même voix..

 

> Troisième partie :

Les aspirations du mouvement

 

Les Etats généraux, quels en sont les tenants et les aboutissants ?

Quelles sont les questions fondamentales que le mouvement LGBTI aura l’audace d’aborder au sein même d’une communauté tiraillée par des intérêts divergents mais porteuse de valeurs communes permettant la création de synergies et de partenariats indispensables au mouvement LGBTI?

 

– Pour une dimension sociale et législative –

Les Etats généraux ne sont-ils pas propices à dépasser les LGBTI-phobes qui remettent en cause ce qui fait nos réalités  ? Celles relevant de la conception (PMA/GPA), à la notion de parents biologique et parents d’intention, parents légaux et parents sociaux, en passant par toutes les autres relatives à la filiation, la reconnaissance et l’héritage ?

Dans cette société qui considère l’homoparentalité comme une déviance à risque et comme taboue la transparentalité et l’interparentalité, laissant ainsi des familles dans l’oubli, il est essentiel de légiférer pour une procréation médicalement assistée ouverte à toutes les femmes, une gestation pour autrui encadrée ainsi que la reconnaissance des enfants issus de ces méthodes de conception, l’accès à la filiation des enfants issus de couples LGBTI et l’obtention du droit aux congés parentaux pour les conjoints-tes, l’arrêt des stérilisations obligatoires pour le changement d’état civil et les opérations des personnes intersexes, considérées en tout point comme des mutilations sexuelles.

Dans un système qui institutionnalise un modèle de famille traditionnelle et accentue de surcroît l’invisibilité et l’insécurité juridique des familles LGBTI et de leurs enfants, l’enjeu est de mise.

 

– Pour une lutte contre les discriminations –

Incontournable, la question de l’éducation des jeunes reste un outil fondamental contre les discriminations.

La lutte contre les LGBTI-phobies, mais aussi le racisme et le sexisme, se doit d’être verbalisée auprès des plus jeunes (maternelle, primaire, collège, lycée).

Amenons notre société à éduquer à la différence et au refus du rejet de l’autre.

Une éducation à la diversité vectrice d’un droit au respect de l’identité des personnes, notamment de celui de pouvoir changer librement et gratuitement son identité sur les registres de l’état civil, mais également d’un droit au respect du corps et à la dignité humaine concernant les interventions de réassignation sans consentement éclairé à l’encontre des personnes intersexes.

Combattons les discriminations dans le milieu du travail et obtenons de la part des collectivités territoriales des engagements relatifs à des programmes d’action de lutte contre l’homophobie, la lesbophobie et la transphobie et d’appui aux centres LGBTI.

 

– Pour la santé –

Interpellons les pouvoirs publics sur les thématiques liées aux maladies sexuellement transmissibles  ainsi que de leurs risques sur la santé des personnes LGBTI et trouvons des solutions pour les prévenir et les réduire.

Sensibilisons également notre société à l’intégration sociale des personnes vivant avec le VIH et à l’impact des discriminations et LGBTI-phobies quant à l’accès effectif aux soins et protocoles de santé, sans oublier les répercussions qu’elles engendrent sur les rapports entre patient et professionnels de santé.

 

– Pour la solidarité –

Inventons et innovons pour les LGBTI âgés, souvent en proie à un isolement plus intense en favorisant, notamment, les liens inter-générationnels.

Créons ensemble une nouvelle solidarité, basée sur des échanges de bonnes pratiques à l’image d’associations qui ont su insuffler du lien social, favoriser un accès effectif aux droits, s’inscrire dans un travail en réseau et retisser des rapports de solidarité au profit de personnes victimes des LGBTI-phobies ou encore de l’exclusion sociale.

Déclinons cette solidarité à l’échelle internationale en initiant, notamment, des jumelages avec des associations de pays étrangers, comme par exemple la Russie ou le Maroc, et soutenons les dans leurs combats.

 

– Pour une politique tendant vers la convergence et la transversalité des luttes –

Dans une société lacérée par des discriminations multiples, dévastatrices pour les personnes en proie à une situation de grande vulnérabilité, tant sociale que familiale, il apparaît primordial de bâtir, au travers d’une politique commune et refusant l’entre soi, une identité forte

 

Une identité enrichie par son Histoire (déportations, dépénalisations, années SIDA, etc) et marquée par des lieux de mémoire et d’histoire rappelant les mobilisations des femmes, des gays et des transgenres.

Une identité qui ne peut néanmoins plus se réduire à la seule orientation sexuelle des personnes mais qui concentre des valeurs diversifiées en lutte contre toutes les discriminations.

Une identité plurielle qui rejette un système de stéréotypes et appelle à une société égalitaire, solidaire, laïque et gardienne de nos libertés individuelles.

Une identité citoyenne nourrie par un projet commun de s’affirmer dans les territoires, aux côtés d’autres associations, pour la défense de valeurs communes et du vivre ensemble.

Tant de choses sont à faire et à construire ensemble. Armons nous de cette impérieuse nécessité de créer des synergies et des partenariats pour favoriser la convergence et la transversalité des luttes.

Pour que nos communautés se rassemblent et soient mieux entendues, réfléchissons ensemble et faisons que le monde bouge vers plus d’ouverture et de respect des droits LGBTI, des droits humains.

 

Le mouvement LGBTI a connu des années d’isolement et il est grand temps de le sortir de cet état léthargique, sans reproduire les mêmes erreurs.

Soyons tous-tes unis-es et portons d’un même corps nos valeurs et convictions.
– Pour nous –

 

Le texte est téléchargeable en format PDF ici :  EGLGBTI – TEXTE FONDATEUR